TRADIŢIA ORTODOXĂ

† Glasul Orthodoxiei Sfinţilor Părinţi †

Entretien avec Monseigneur Vlassie Métropolite de Roumanie

Posted by traditiaortodoxa pe Iunie 25, 2007

IPS Mitropolit Vlasie MogârzanComme nous l’avons annoncé dans la lecture de la presse du précédent numéro de La Lumière du Thabor, nous donnons ici le texte de l’interview de Monseigneur Vlassie (ou Blaise), premier hiérarque de l’Eglise Roumaine Ancienne Calendariste que le Synode de l’Eglise Russe Hors Frontières a reçu dans sa communion le 25 novembre/8 décembre 1992. L’interview qui suit a été réalisée au monastère de la Sainte Trinité à Jordanville et publiée dans Russie Orthodoxe n°2 du 15/288 janvier 1993.

Question : Vladyka, pouvez-vous parler un peu de vous-même ?

Réponse : Je suis né le 18 octobre 1941. Enfant, j’ai vécu la Seconde guerre mondiale. Je me souviens des périodes difficiles, lorsqu’à cause de la guerre nous avons été obligés de quitter notre village natal. En 1949, après la chute de la monarchie, je suis entré à l’école primaire que j’ai terminée en 1957, Dans le pays le communisme était florissant. J’avais seize ans lorsque je suis arrivé au monastère de Slătioara.

Question : Avez-vous grandi dans le milieu des vieux-calendaristes ?

Réponse : Oui, mes parents n’ont jamais changé de calendrier. J’ai grandi dans le monastère -là-bas, il y avait une école de chant religieux et mes parents m’ont fait suivre les cours de cette école, pour que j’étudie la musique byzantine -ils voulaient que je devienne chantre. De fait, j’aimais le chant byzantin, j’aimais beaucoup la musique, j’aimais chanter. J’ai compris alors, ajoute Vladyka en souriant, que si je devenais chantre de paroisse, je ne pourrais chanter que le samedi et le dimanche, alors qu’au monastère, on peut chanter tous les jours ; et c’est ainsi que je suis devenu novice.

De 1965 à 1967, j’ai été au service militaire. Et le 18 novembre 1968, ayant été novice pendant onze ans, je suis devenu moine avec le nom de Vlassie (mon nom de baptême étant Basile) en l’honneur du saint Martyr Vlassie (Blaise) de Sébaste.

Une semaine après la prise d’habit, le 26 novembre, j’ai été fait hiérodiacre. Et le même joui, vingt-quatre ans après, s’est tenue la session du Synode à New York [qui a pris la décision d’entrer en communion avec l’Eglise Roumaine].

J’ai été hiérodiacre pendant treize ans, et j’ai été ordonné prêtre le 4 août 1981. J’ai été longtemps novice, longtemps hiérodiacre, mais je ne suis resté hiéromoine que quatre ans. Le 29 juillet 1985 de l’ancien calendrier, le Métropolite Glycérie est décédé. En août 1985, dans la semaine précédant la Transfiguration, le Métropolite Sylvestre a été désigné et, le même jour, j’ai été consacré évêque ; le jour suivant, ce fut la consécration de Monseigneur Gennady.

Le 24 avril 1984, j’ai été élu supérieur du monastère de Slătioara et, en 1992, après la mort du métropolite Sylvestre, je suis devenu métropolite durant la Semaine de Thomas. Et me voici à présent à Jordanville !

Question : Vladyka, racontez-nous, s’il vous plaît, l’histoire de l’Eglise ancienne-calendariste roumaine.

Réponse : L’Eglise ancienne-calendariste roumaine s’est constituée à la suite du passage de l’Eglise officielle roumaine au calendrier grégorien en 1924.

Comme je l’ai dit au synode, en 1924, seul de tous les évêques roumains, l’évêque Gérasime, était hostile aux réformes. C’est pourquoi la situation n’avait rien à voir avec celle de votre Eglise, où tout un groupe d’évêques luttait contre les innovations.

En 1924, le 1er octobre est devenu le 14 octobre. Une partie du clergé était au courant des changements à venir et mettait ouvertement en garde les paroissiens : «Il va bientôt y avoir des réformes, ne les acceptez pas». Par exemple, dans mon village natal, il y avait un prêtre qui avait prédit les réformes, et il priait pour ne pas vivre assez longtemps pour les voir. Car il savait qu’il y aurait des persécutions massives ; il est mort deux mois avant l’introduction de la réforme.

En 1924, le métropolite principal de la Métropole de Roumanie, dépendant du Patriarcat de Constantinople, était le Métropolite Miron (Cristea). En l’espace d’une nuit, il devint patriarche, bien que l’Eglise Roumaine ne pût former un patriarcat, car elle ne remplissait pas toutes les conditions nécessaires. Le patriarcat lui fut accordé en récompense du changement de calendrier.

Lorsque le Synode se réunit pour examiner ce problème du calendrier, seul l’évêque Gérasime refusa le nouveau calendrier et on lui dit : «Si tu ne veux pas accepter le nouveau calendrier, quitte le pays». Il partit et vécut à Paris.

Tous les autres évêques ne comprenaient pas qu’ils devaient lutter contre les réformes, et ils sont tous passés au nouveau calendrier. Sur les quatorze mille prêtres de paroisse du pays, il n’y eut également presque personne pour s’opposer au nouveau style, à l’exception de l’archimandrite Galaction (Cordoun), alors prêtre de paroisse dans la cathédrale de la Métropole à Bucarest. En l’absence de l’évêque, c’est lui qui prêchait.

Il n’y eut donc qu’un groupe restreint d’adversaires des réformes, dont ce prêtre Galaction, devenu par la suite notre premier métropolite.

Il lutta contre les réformes, mais ne put rien faire, car il n’était qu’archimandrite. Très doué, ayant étudié à Saint Pétersbourg avec le futur patriarche de Moscou (Alexis 1er) et le patriarche Cyrille de Bulgarie, il reçut le titre de docteur en théologie. Plus tard, en 1935, il fut consacré archevêque, car on pensait qu’il avait changé d’opinion. Trois évêques, qui avaient eux-mêmes été consacrés avant le changement de calendrier, et avaient donc une succession apostolique incontestable, participèrent à sa consécration.

J’évoque tous ces faits pour montrer que, dans sa majorité, le corps sacerdotal roumain ne s’est pas fait le défenseur de la vérité et que les anciens-calendaristes agissaient avec une grande prudence.

Voici, par exemple, ce qui s’est passé dans le monastère de Niamts, dont saint Païssius Vélitchkovsky avait été l’higoumène. Lorsque la réforme du calendrier eut lieu, le monastère comptait deux mille moines, dont huit cents prêtres ; c’est le plus grand de Roumanie. C’est là qu’eut lieu la plus forte résistance au nouveau calendrier. Deux mois avant la réforme, l’higoumène prévint la communauté : «Attention, il y aura bientôt des réformes, ne les acceptez pas». C’était comme une prophétie. Mais des huit cents hiéromoines, trente seulement se déclarèrent contre les réformes ; et de ces trente, il n’y eut que six pour s’opposer ouvertement à la réforme. Les autres ne rompirent pas, pour des raisons matérielles. Par décret du métropolite de Moldavie, en effet, tous les clercs n’acceptant le nouveau calendrier étaient menacés d’être réduits à l’état laïc, expulsés du monastère et de voir leurs biens confisqués. Bref, ils étaient réduits à l’état de hors-la-loi. C’est donc un petit groupe de moines qui quitta le monastère, et c’est avec ce petit reste que commence l’histoire de notre Eglise. Le monastère de Niamts, tout entier, accepta le nouveau calendrier, et plus tard, ce monastère abandonna la règle de saint Païssius, alors que c’est pour l’observation de cette règle que ce monastère était vénéré. II faut noter, à ce propos, que notre monastère de Slătioara, non loin de Niamts, a hérité de cette règle et de sa tradition.

Voici les noms de quelques uns des hiéromoines du monastère qui ont résisté toute leur vie : le hiéromoine Glycérie -plus tard métropolite ; le hiéromoine David -qui devint le premier higoumène de Slătioara ; le hiéromoine Pamvo, les pères Baruch, Gymnacie, Zosime, Gamaliel, Damascène -ce dernier est mort dans la forêt proche du monastère. On connaît d’autres noms de moines de Niamts ayant résisté au nouveau style.

Il y eut également des moniales : Mère Makaria, qui était l’adjointe de l’higoumène du plus important monastère féminin de Roumanie, celui de Sainte-Agapia, qui accepta le nouveau style. A ce jour, il compte quatre cent cinquante moniales. C’est Mère Makaria qui, aidée de ses moniales, fonda le premier couvent féminin de notre Eglise.

De petits groupes de hiéromoines et moines de ces monastères masculins et féminins, ceux qui étaient les plus purs et qui avaient Dieu dans le cœur et non leur fortune, s’opposèrent donc à ces réformes et furent expulsés des monastères et ils furent obligés de vivre dans le monde.

Les laïcs pieux qui les avaient soutenus furent comme des abeilles édifiant leurs ruches et ils construisirent des églises et les clercs anciens-calendaristes furent comme des reines-abeilles.

Le chef de file des prêtres hostiles aux réformes était le hiéromoine Glycérie, qui se trouvait être le plus âgé et le plus actif.

A cette époque, le roi Charles II de Roumanie ayant abandonné son épouse Marie, originaire de Constantinople, et s’étant remarié, fut bientôt obligé d’abdiquer. Son fils Michel était âgé seulement de huit ans : il fallait donc un régent, et ce fut le patriarche Miron qui le devint. Or, la situation politique prit une tournure telle, que le gouvernement fut congédié et, pour obéir à la constitution, le régent dut exercer en même temps les fonctions de premier ministre. C’est ainsi qu’en 1936, le Patriarche se trouva en même temps régent et premier ministre et devint ainsi le maître absolu du pays. Il avait le pouvoir de détruire notre Eglise et il en usa pleinement : il démolit toutes nos églises, fit arrêter tous les prêtres, les moines et les dirigeants de groupes anciens-calendaristes.

Ce fut le premier grand choc subi par notre Eglise et beaucoup n’y survécurent pas. Toutefois, plusieurs témoins de ces persécutions sont encore vivants. Voici, par exemple, le Père Euphimie, qui a passé trois ans dans un camp de concentration, avec le Père Pamvo et il nous a raconté comment il était torturé : on le jetait dans un ruisseau et on obligeait les autres détenus à marcher sur son corps comme sur un pont. A l’époque, il avait vingt-sept ans. En 1988, le Métropolite Sylvestre, l’Evêque Démosthène et le Père Euphimie ont visité le lieu où s’était trouvé le camp.

Dans la période de 1935-1936, le Patriarche Miron, ancien uniate, prit des mesures draconiennes contre les anciens-calendaristes. Il ordonna de raser toutes les églises des Vrais Chrétiens Orthodoxes et d’emprisonner tous les prêtres et tous les moines qui refusaient de se soumettre à son pouvoir. Les moines et les moniales furent enfermés dans deux monastères où ils furent traités avec une effroyable cruauté. Certains d’entre eux moururent martyrisés. Parmi ces martyrs se trouvait le Père Pamvo, fondateur du monastère ancien-calendariste de Dobrou qui, sur l’ordre du Patriarche, fut détruit trois fois -car, à chaque fois, il était reconstruit de nouveau. Lors de la destruction du Monastère de Coucova, cinq laïcs anciens-calendaristes furent noyés dans le puits du monastère.

En septembre 1936, au cours d’une grande démonstration dans la ville de Piatra-Niamts, beaucoup furent tués et le hiéromoine Glycérie fut arrêté et conduit sous escorte à Bucarest, où il fut condamné. Néanmoins, le Père Glycérie fut miraculeusement sauvé de l’exécution capitale grâce à l’intercession de la Mère de Dieu qui apparut à la femme du ministre de la justice pendant son sommeil et lui ordonna, comme à une nouvelle Procula, d’intercéder en faveur du Père Glycérie auprès de son mari. Le ministre ne suivit pas l’exemple de Pilate et commua la peine de mort en réclusion dans un monastère.

Avec le début de la Seconde guerre mondiale, en 1939, le Père Glycérie se retrouva libre, avec son compagnon bien aimé, le hiérodiacre David Bidaşcu et, pendant six ans, se cacha dans les forêts. Tous les deux y vécurent dans des conditions indescriptibles de privations et de difficultés. La vie en hiver était particulièrement pénible, lorsqu’à cause des fortes chutes de neige les personnes peu nombreuses qui les aidaient secrètement ne pouvaient leur apporter leur modeste nourriture. II arriva même que Père Glycérie et Père David se virent obligés de se nourrir de vers. Néanmoins, la providence divine les protégeait de leurs persécuteurs ; même les oiseaux du ciel effaçaient avec leurs ailes les traces laissées sur la neige par les Pères Glycérie et David.

Malgré le froid intense (en Roumanie, l’hiver, la température atteint parfois –30 °), pas une seule fois ils ne firent du feu pour que la fumée ne les trahisse pas. Les autres compagnons : Père Damascène, Père Païssi el les autres se cachaient également dans des lieux désertiques.

En Roumanie, pendant la guerre, presque tous les chrétiens anciens-calendaristes se trouvaient en prison. D’autres furent envoyés sur le front, les églises nouvellement construites furent détruites. Le pays était occupé, il était impossible de faire quoi que ce soit, chacun luttait pour sa vie. Sous le nouveau roi Michel, la situation de l’Eglise ne changea pas.

Il y avait une grande différence entre les monarques roumains et les tsars de Russie. Le tsar Nicolas II était né orthodoxe et vivait comme un vrai chrétien ; alors que nos rois étaient originaires d’Autriche et n’étaient orthodoxes que nominalement. Ils se sentaient peu concernés par les destinées de la Roumanie, sa religion, sa culture, sa dignité nationale. Ils n’étaient pas les gouvernants réels du pays ; cette monarchie était maçonnique. Le roi Michel non plus n’avait pas de pouvoir réel ; il n’était qu’une marionnette entre les mains du Premier ministre et des politiciens qui, en fait, gouvernaient le pays.

En 1947, des habitants de notre village allèrent trouver le Père Glycérie et lui dirent : «Il parait qu’il règne une certaine liberté». Ce qui se passait, c’est qu’au début, les communistes taisaient leur possible pour amadouer les gens, les attirer de leur côté. On dit aux chrétiens anciens-calendaristes qu’ils pouvaient sortir des forêts et fonder un monastère. Et c’est ainsi qu’en 1947, ils fondèrent le monastère de Slătioara, qui est maintenant le centre spirituel de notre Eglise.

Il est difficile de dire si sous les communistes notre situation s’est détériorée, mais quoi qu’il en soit, les persécutions ont continué. Les communistes ont détruit seulement huit de nos Eglises, mais non pas toutes ; ils étaient relativement modérés.

Avant la guerre, notre Eglise avait été presque totalement exterminée. Avant la venue des communistes, avant 1944, on nous accusait d’avoir le même calendrier que les Russes et, par conséquent, nous étions des bolcheviques. Sous les communistes, après 1944, on nous appelait séides d’Antonescu, gardes de fer, fascistes, ennemis du peuple. En réalité, nous ne participons à aucun parti, à aucun mouvement politique. Notre principe : ne pas obéir aux leaders politiques, quoique nous les respections, mais dans le souci de préserver nos droits. La grande faute du Patriarcat roumain est de s’être toujours soumis au bon plaisir des autorités. A un moment, le chef de l’Eglise a été à la tête du pays ; encore maintenant, les clercs s’occupent de politique ; aux dernières élections, un prêtre a été candidat pour un poste de maire. Or c’est contraire aux canons : les clercs agissant ainsi devraient être interdits de sacerdoce. L’Eglise peut avoir ses représentants auprès du gouvernement, pour défendre ses intérêts, exprimer son point de vue. Elle a besoin de tels représentants, mais ils doivent être des laïcs ; un membre du clergé ne peut être un homme politique, quelle que soit son orientation politique.

1947-1952 fut une période de liberté relative ; le pouvoir communiste a même obligé l’Eglise officielle à nous rendre les icônes, les iconostases, les cloches, les ustensiles liturgiques qui nous avaient été enlevés. Mais, en 1952, dans la nuit du 1er au 2 février, à deux heures de la nuit, deux camions avec des soldats de la Securitate sont arrivés au monastère et ont mis en état d’arrestation presque tous les moines avec le supérieur, à l’exception des plus âgés [1]. Les moines furent condamnés à deux ans de prison et quatre d’entre eux moururent dans le camp.

L’autre date importante dans l’histoire de notre Eglise est celle du 5 avril 1955, où l’Evêque Galaction, à cette époque déjà métropolite, est revenu à notre Eglise. Il fut interdit de célébration par le patriarche, perdit tous ses titres, mais c’est lui qui fut à l’origine de la hiérarchie de notre Eglise, étant donné que, jusque là, il n’y avait pas d’évêque dans notre Eglise.

Comme je l’ai dit, il avait été condisciple des Patriarches Alexis 1er de Moscou et Cyrille de Bulgarie, et il leur annonça qu’il ralliait l’Eglise de l’ancien calendrier et qu’il commençait à consacrer des évêques tout seul, ce qui est interdit ordinairement par les canons, parce que, vu les circonstances, il n’y avait pas d’autre solution.

Il ordonnait également, presque chaque jour, des prêtres et des diacres. En novembre 1955, le Métropolite Galaction fut arrêté avec le hiéromoine Glycérie ; le Père Glycérie fut condamné à un an et demi de camp et le Métropolite envoyé dans un monastère nouveau-calendariste où il fut maintenu en détention. II fut enlevé par mon frère -maintenant prêtre de paroisse- et par un juriste également membre de notre Eglise. Tous deux se présentèrent au monastère comme agents des services de sécurité et emmenèrent le Métropolite avec eux. Lorsque, deux ou trois heures après, le Patriarche téléphona pour demander ce que faisait le Métropolite, il lui fut répondu qu’il avait été emmené par deux officiers des services de sécurité…

Lorsqu’il consacra l’Evêque Euloge et avec lui l’Evêque Méthode, il fut de nouveau arrêté et de nouveau enlevé. Après cela, dans la nuit du 7 novembre 1956, l’archimandrite Glycérie, qui avait été enlevé, lui aussi, des travaux forcés, fut consacré secrètement évêque. Par la suite, ils se cachèrent dans notre monastère où tous les jours des ordinations avaient lieu. Dans le courant de l’année, ils furent à nouveau arrêtés.

En même temps, l’Eglise officielle affirmait que les anciens-calendaristes étaient des espions américains, que nous transgressions les lois du pays, que nous ne voulions pas vivre en paix avec les autres.

Il faut préciser qu’on arrêtait non seulement les évêques, mais tous les prêtres des paroisses et tous les moines qui déployaient une activité missionnaire. Ils n’arrêtaient pas les moines directement dans les monastères, mais attendaient que le moine sorte du monastère et alors on se saisissait de lui et on l’arrêtait Nos anciens prêtres de paroisse ont tous passé par ta prison, ainsi que tous les prêtres qui ont été ordonnés dans les années 50 et 60. En 1968, l’évêque Démosthène fut arrêté avec les Pères Gérasime et Tarasse. Frère Sava -aujourd’hui moine Sébastien dans notre monastère- a passé six mois dans la prison parce qu’il était sorti du monastère avec sa skoufia (bonnet monastique).

Question : Vladyka, vous avez dit qu’à partir de la deuxième moitié des années 1970, les autorités civiles ont commencé à traiter votre Eglise avec plus d’indulgence. Comment l’expliquer ? Peut-être étiez-vous soutenu par un grand nombre de personnes ?

Réponse : Ce n’est pas tout à fait ça. Les autorités savaient que nous n’étions pas tellement nombreux ; elles étaient conscientes de leur force… Pendant tout ce temps, notre liberté était limitée ; par exemple, nous ne pouvions aller à l’étranger, ni même quitter la Roumanie pour organiser la diaspora. Davantage, nous n’avions pas même la possibilité de nous déplacer dans notre propre pays. Ainsi, lorsqu’en 1986 l’évêque Démosthène visita les fidèles dans sa ville natale de Transylvanie, il fut obligé de se cacher dans la forêt jusqu’au coucher du soleil, parce que s’il avait été aperçu à l’intérieur de l’enceinte de la ville, il aurait risqué l’arrestation, comme tout autre prêtre ancien calendariste. Même en étant évêque, il ne pouvait ni entrer ni sortir ouvertement de la ville ; dans la période 1973-1984, bien qu’il n’y eût plus d’emprisonnement, on ne pouvait parler de liberté. Ce n’est qu’après 1989 que tout a changé.

Question : Quelles sont vos relations avec le gouvernement roumain actuel ?

Réponse : Nos relations sont bonnes, parfois même les autorités nous accordent leur aide ; mais le patriarcat, aujourd’hui encore, dispose d’une énorme influence qu’il utilise contre nous. Nous ne disposons pas de ressources suffisantes ; tout ce que nous avons se réduit à vingt-cinq hectares. Nous avons assisté à une audience du président de Roumanie, et nous lui avons demandé d’accorder des terres à notre Eglise, mais jusqu’à ce jour nous n’avons reçu que des promesses. (…)

Question : Quels sont vos rapports avec le patriarcat ?

Réponse : Nous sommes comme chien et chat. En fait, nous n’avons pas examiné la question si l’Eglise nouvelle calendariste avait la grâce ; cette question est très délicate et nous essayons de faire preuve de modération. Mais, en même temps, on sait que, parmi les Eglises du nouveau calendrier, seules la Roumanie et la Finlande ont osé fêter Pâques selon le nouveau style, même deux fois avant la Pâque juive -en 1926 et 1929, ce qui est catégoriquement interdit par l’Eglise (voir le 7ème canon des saints Apôtres et le 1er canon du Concile d’Antioche). Ce sont des hérétiques, nous avons pleinement le droit de le dire.

Question : Si un prêtre nouveau calendariste passe dans votre Eglise, l’acceptez-vous ou le ré-ordonnez-vous ?

Réponse : Si ce prêtre passe avec toute sa paroisse nous l’acceptons dans son titre. Ceux qui voudraient passer individuellement, nous ne les acceptons que rarement. Habituellement, ce sont des personnes peu sérieuses qui veulent s’unir à nous, non pour des questions de foi, mais parce qu’ils ne sont pas acceptés au patriarcat, par exemple pour cause de divorce.

Question : Combien y a-t-il de monastères et de croyants dans votre Eglise ?

Réponse : Notre Eglise est dirigée par un métropolite entouré de trois évêques qui forment te synode. Dans son clergé, notre Eglise compte vingt hiéromoines, cinquante prêtres de paroisse, quatre diacres -qui se préparent au sacerdoce- et onze hiérodiacres. Nous avons quatre monastères pour hommes : Slătioara, qui compte environ cent moines, Coucova, qui en a quarante moines, Dobrou, quarante-cinq et Paitseny, trente-sept ; trois monastères de femmes ; Braditzell Niamts, avec cent douze moniales ; Braditzell, avec cinq cent quatre-vingt, et Morza avec vingt-sept moniales. Parmi les moines, plus de soixante-dix pour cent ont moins de vingt-cinq ans. Il faut voir leurs visages ouverts et joyeux. La règle partout est très sévère ; par exemple les jours de jeûne, les moniales ne boivent même pas d’eau jusqu’au soir. (…)
En tout, dans notre pays, il y a deux millions de chrétiens anciens calendaristes ; mais, sur ce nombre, seulement cinq cent mille sous notre omophore.

Comme je l’ai déjà dit, sous les communistes, nous ne pouvions avoir des paroisses que dans trois régions du pays. C’est pourquoi les autres chrétiens anciens-calendaristes étaient desservis par des prêtres nouveaux-calendaristes qui, avec l’autorisation du patriarcat, célébraient selon l’ancien calendrier. Maintenant, il nous est difficile de mener un travail avec ces chrétiens. Nous n’avons même pas la possibilité de préparer un nombre suffisant de prêtres pour ce travail, nous n’avons pas non plus de séminaire. Quoique nous soyons maintenant libres politiquement, nous n’avons pas les moyens de faire ce qui est nécessaire à cause de la situation économique du pays. Il faut de nouvelles églises, mais nous n’avons pas la possibilité de les construire. Nous essayons seulement de survivre. (…)

Je répète que nous sommes libres politiquement, mais non économiquement. Les prix: durant ces deux-trois dernières années, ont décuplé… Le salaire moyen est de cinquante dollars et une paire de chaussures en vaut vingt-cinq.

Question : Que pensez-vous de l’œcuménisme ?

Réponse : Evidement, nous le répudions. C’est la plus grande hérésie de tous les temps.

[Après deux questions, l’interview aborde la question des relations actuelles avec le Patriarcal de Moscou]

Question : Que pensez-vous de la situation du Patriarcat de Moscou ?

Réponse : Nous avons une certaine expérience. Eu égard à notre isolation, nous avons essayé, à partir des années soixante, de mettre au point nos relations avec le Patriarcat de Moscou, pensant que s’ils conservaient l’ancien style, cela voulait dire que c’étaient de vrais chrétiens. Ils n’ont même pas voulu recevoir nos envoyés : „Eglise Ancienne Calendariste de Roumanie ? Nous n’en avons jamais entendu parler”. (…)

Question : Si des clercs du Patriarcat de Moscou viennent vous voir, allez-vous concélébrer avec eux ?

Réponse : Non ; nous ne faisons exception que pour les prêtres roumains de Moldavie [Beesarabie] ; mais nous ne concélébrons ni avec les nouveaux-calendaristes, ni avec le Patriarcat de Moscou. [2]

Extrait de Russie Orthodoxe, n° 2 et 3 de 1993

[1]. Il est à noter qu’en 1950, dans toute la Russie, de nombreux croyants de l’Eglise des catacombes ont été arrêtés, parmi lesquels le futur évêque Lazare de l’ERHF.

La Lumière du Thabor, n° 38, pg. 77-88

[2]. Ici c’est une grave probleme du Syond de Slatioara sur le perception de l’heresie de Sergianism… (notre note).

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